dimanche 13 septembre 2015

Rentrée littéraire       semaine 2
C'est la rentrée littéraire, le moment pour nous de vous rappeler l'existence de la collection L'Orpailleur dirigée par Christophe Havot chez az'art atelier éditions.

Nous continuons avec La saison des épeires, un texte de Jean M. Mathoul, davantage connu en tant que leader du collectif musical 48 Cameras.
image Laurent Maginelle

Extrait (p21 à 23) : 
(...) Plusieurs années se sont écoulées. Carl-le-Fils a grandi. C’est un homme à présent. Sa chevelure est longue et, comme son Père, il la porte tressée. Carl-le-Géniteur a vieilli, a grossi. Son corps le trahit. Carl et son Fils habitent la ville à présent. Cette ville n’est pas bien grande. C’est tout au plus une bourgade, sise à la lisière d’un désert. Elle ne compte guère plus d’un millier d’habitants. Carl-le-Père s’y est installé avec son Fils aveugle.

    L’Aveugle n’a pas de bâton. Il dispose d’une Louve pour compagne. Aucun lien, aucune chaîne ne les emprisonne l’un à l’autre. L’aveugle suit l’animal à la trace, comme guidé par un radar. Jamais il ne heurte un obstacle. Jamais il ne tombe et ne se blesse. La Louve est pouilleuse. C’est une bête jugée immonde. Carl-le-Père, lui-même, la craint. Elle est cependant toute dévouée à Carl-le-Fils.

    Carl-le-Père chasse les rongeurs. Il faut bien vivre. Chaque matin, il pose ses pièges à divers endroits du bourg. Chaque soir, il les relève. Jamais il ne rentre bredouille. Carl écorche ses proies et y prend plaisir. Les fourrures sont vendues au tanneur. La chair est consommée. Les ossements serviront à satisfaire l’appétit de la Louve.

    Carl-le-Père a vieilli. Carl-le-Père a grossi. Inerte, il constate à quel point le monde a changé. Et si un monde change, il convient sans doute de changer avec lui, inerte, dénudé, las…

    Quelquefois, Carl songe à l’épouse du laboureur, à sa compagne disparue. Il n’a cependant nulle envie de reprendre femme. Il a son Fils, Carl-le-Jeune, l’Orphelin tout puissant qui ramènera un jour les lourds bisons à la raison.

    Carl-le-Jeune se révélera devin. Toute la ville se presse déjà à sa porte pour s’entendre dire la bonne aventure.

    Carl-le-Jeune prédit les unions, les naissances, les décès.

    Carl-le-Jeune prédit les pénuries d’eau, les tourbillons venus en droite ligne du désert, l’ensablement des faubourgs, l’approche des iguanes.

    Carl-le-Père profane les tombes indiennes. En exhume des squelettes blanchis. Perce les tibias dont il fabrique des flûtes qu’il vend aux rares touristes de passage. Il faut bien vivre, honorer quelques taxes locales, se fournir en alcools, en breuvages qui gonflent son ventre ou encore acheter quelques médications, disperser le tabac, consommer quelques épices.

    Père et Fils font bon ménage. En de rares occasions, le Père bat le tambour et le Fils chante d’une voix grave et assurée. Les femmes du quartier s’assemblent alors pour les voir et les entendre. Les mélodies sont belles mais particulièrement tristes. Les chants évoquent les bisons et la rivière que Carl-le-Fils n’a pourtant pas connus. Les chants sont graves et plein d’une force qui vient de loin, de l’écorce centenaire des arbres. Les femmes sont comme hypnotisées. Les femmes se caressent sous leur jupe. Leurs maris et leurs amants jalousent et haïssent Carl-le-Père et Carl-le-Jeune. La Louve veille.

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 (...)

Musique : Spiders of Mercy par Jean M. Mathoul (création originale avec : cymbals, soundscapes, spiders'stridulations & tibetan singing bowls ) ECOUTER

En commandant ce livre ou l'un des trois autres, vous nous aider à poursuivre l'expérience. La vente des livres publiés est, en effet, la seule source financière nous permettant d'éditer de nouveaux textes.

Pour toute demande de précision, vous pouvez nous contacter ici.

dimanche 6 septembre 2015

Rentrée littéraire       semaine 1
C'est la rentrée littéraire, le moment pour nous de vous rappeler l'existence de la collection L'Orpailleur dirigée par Christophe Havot chez az'art atelier éditions.

Nous commençons avec Un débarras, le livre qui nous a donné envie de nous lancer dans l'aventure de l'édition. 
image de Laurent Maginelle

Extrait (p56 à 59) : 
(...) le temps n’est-il pas venu de mettre un terme au soliloque, à l’apitoiement sur soi-même, au ressassement, ou bien, de s’y abandonner une dernière fois, ressasser une bonne fois pour toutes, ouvrir ces cartons, ressasser et ruminer afin de pouvoir passer à autre chose, quand j’en aurai terminé, je passerai à autre chose c’est évident, ou bien je cesserai tout à fait d’écrire, je creuserai la terre autour de la maison, je la retournerai, je bêcherai et labourerai, je ferai des semis, j’arroserai, puis, assis dans un fauteuil de rotin sur la terrasse je deviendrai comme cet homme que j’observe parfois de l’autre côté de la rivière, un vieil homme qui demeure assis du matin jusqu’au soir, si la pluie ou la neige s’abattent sur le jardin, il se réfugie dans sa cahute, il ouvre la porte et demeure au pied des plants de rhubarbe, du matin au soir, il regarde les plantes pousser, et, quand l’hiver venu la neige a tout recouvert, il regarde la neige recouvrir le jardin et les collines environnantes, il est devenu ses plantes, je me vois tout à fait finir comme ça, je préfère finir comme une plante plutôt que comme un île flottante sur la table crasseuse d’un restaurant pour représentants de commerce, quand j’en aurai fini avec ce récit, récit n’est pas le mot ­correct bien sûr, diarrhée, diarrhée verbale conviendrait mieux, je passerai à autre chose certainement, à tout autre chose peut-être, peut-être n’éprouverai-je absolument plus la nécessité d’écrire quoi que ce soit, peut-être me contenterai-je de promenades solitaires ou bien de promenades avec mon chien, je me vois tout à fait me contenter de cela, ralentir, m’accorder enfin ce repos, en finir avec l’afflux incessant des pensées, après avoir vainement affronté la médiocrité : m’y complaire, et conjurer l’afflux incessant des pensées, en finir avec ce sentiment de médiocrité, en finir avec l’envie, l’envie de n’être pas le genre de type crevant de frustration dans son pavillon funéraire, faire taire le ressentiment, ­mettre un terme au ressassement, ce moment viendra, il faut qu’il vienne, sans quoi je n’y tiendrai pas, au rythme où les pensées affluent, infiniment plus rapidement que je ne parviens à les évacuer avec ces mots, s’accumulant à l’entrée de ma tête qui n’en peut plus de devoir les traiter, les transformer en mots, leur faire un sort, encore cette histoire de sortilège, du travail à la chaîne vraiment !, du reste, j’ai travaillé à la chaîne, la nécessité m’a conduit à me lier à la chaîne, à m’y imbriquer, avec les mains, les pieds, ce manège n’a duré qu’un mois, en raison de mon, disaient-ils, improductivité, en raison de la faiblesse de mes performances, il a été mis un terme à cette expérience, à ma droite, en amont de la chaîne, les pièces s’accumulaient, de minuscules pièces carrées grillagées grisâtres, à mes pieds, sous la machine que j’actionnais, comme si les pieds étaient faits pour ça, les pieds sont faits pour marcher bien entendu, pas pour actionner une machine, à laquelle je m’efforçais de m’articuler par un mouvement coordonné des mains et des pieds, la poubelle se remplissait au fur et à mesure de mes ratés, à ma gauche, en aval, ma collègue se tordait les pouces, elle s’ennuyait tellement qu’elle finissait par me haïr, je sentais d’abord l’inquiétude de cette pauvre fille, puis son agacement, elle augmentait le son de la radio, l’ignoble ­poste de radio portatif dont chaque ouvrier à l’atelier était pourvu, qui vous matraquait de messages publicitaires huit heures durant, et, quand ils rentraient chez eux le soir, devant la télévision, les mêmes réclames publicitaires, avec des images qui bougent, l’abrutissement généralisé, du matin au soir, tous les jours que le diable fait, l’entreprise est la demeure du diable, l’entreprise c’est le diable ici-bas, les voix des animateurs et des publicités se mêlaient, interchangeables, se chevauchaient, les ouvriers échangeaient quelques mots, les machines claquaient sèchement, un claquement par seconde pour les postes les plus productifs, moi il m’en fallait le triple, de secondes, le temps de saisir entre mes doigts malhabiles le minuscule carré de grillage grisâtre, le déposer sur la tablette de la machine, le recouvrir d’une plaque d’un métal dont j’ai oublié le nom, peut-être était-ce du lithium ?,  (...)

Musique : debarras par Delphine Dora (création originale) ECOUTER

En commandant ce livre ou l'un des trois autres, vous nous aider à poursuivre l'expérience. La vente des livres publiés est, en effet, la seule source financière nous permettant d'éditer de nouveaux textes.

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dimanche 30 août 2015

VACANCES       semaine 7
Nous profitons des vacances pour vous proposer une sélection de vidéos, déjà publiées ou pas.
Vidéo éminemment politique, toujours d'actualité... Une œuvre de l'artiste Valentina Mir

HOLIDAYS   week 7
We use this period to propose some videos we already published, or not.
An eminently political video. Still relevant
... From Valentina Mir


Naufrage

NAUFRAGE, 3'20", 2012 - Valentina Mir

202 productions / Maurice Darmon :
Des images noir et blanc, je retrouve la belle facture et cette étonnante matière des précédents, et le temps que vous prenez plus encore cette fois pour laisser faire les paysages, la mer, les oiseaux, ce qu'on pourrait appeler des ralentisseurs : personne ne peut songer à seulement les mettre en scène ou maîtriser, il faut accepter ce que l'instant nous donne et en faire tout notre bien.
Vous savez vous mettre au service de l'événement. Et c'est dans la partie en couleurs, celle qui fait vraiment naufrage, que vous affirmez votre contrôle par des citations de grands moyens et d'acteurs ! J'aime enfin cette fiction mystérieuse du texte entre oracle et fatigue, mise en chant d'un texte didactique. Autant de tensions pour la naissance de la poésie.
Bien sûr, beaucoup fait ici penser à "Film Socialisme", surtout depuis le naufrage du Costa qui avait servi à son tournage et qui mettait déjà en métaphore le naufrage d'un monde à bord du paquebot de croisière. Et puisqu'on évoque ici Godard, un vrai cinétract mais qui, loin de renoncer au cinéma ou une fois de plus annoncer sa mort interminable, l'accorde à un prochain ordre du monde qui tiendrait davantage de l'air, du ciel, des oiseaux.
Voilà Cela commence comme cela les mots vous mènent / On perd de vue les toits on perd de vue la terre On suit / Inexplicablement le chemin des oiseaux » (Louis Aragon, Le Roman Inachevé, «les mots m’ont pris par la main », 1956). Merci.

Jean-Louis Comolli : Chère Valentina, eh bien j'aime beaucoup votre "Naufrage", acide et gai, légèrement ivre, à l'image de ce que nous sommes les uns pour les autres. Bravo. 

Valentina Mir :
Synopsis : À bord d'un paquebot, une star fête la parution de son nouveau livre photo. Le champagne coule à flots et les flashs crépitent. Pendant ce temps, le navire est inexorablement attiré vers un rocher dangereux : la catastrophe est proche. Rapidement les sauveteurs rejoignent le bateau et procèdent à son évacuation. Sur une lecture du Capital de Karl Marx, Naufrage montre différents corps de métier au travail dans une situation complexe. Cette situation est mise en parallèle avec le règlement collectif de la dette publique. Le film débute par une sombre prophétie, se réalisera t-elle finalement ?


dimanche 23 août 2015

VACANCES       semaine 6
Nous profitons des vacances pour vous proposer une sélection de vidéos, déjà publiées ou pas.
Retour sur le projet Oh Quotidien proposé par Sophie Le Béon, Stephan Ink et Eric Therer.

HOLIDAYS   week 6
We use this period to propose some videos we already published, or not.
Back to the project Oh Quotidien proposed by
Sophie Le Béon, Stephan Ink and Eric Therer.


Oh Quotidien


dimanche 16 août 2015

VACANCES       semaine 5
Nous profitons des vacances pour vous proposer une sélection de vidéos, déjà publiées ou pas.
Un clip sur une musique de Cameos (Annemarie Borg et Christophe Havot)


HOLIDAYS   week 5
We use this period to propose some videos we already published, or not.
A clip with a music of Cameos (Annemarie Borg and Christophe Havot).


Assombres

dimanche 9 août 2015

VACANCES       semaine 4
Nous profitons des vacances pour vous proposer une sélection de vidéos, déjà publiées ou pas.
Un court-métrage en version française ou anglaise. Musique de Peter James.

HOLIDAYS   week 4
We use this period to propose some videos we already published, or not.
A short film. French or English version. Music : Peter James.

L'oubliée

The forgotten

dimanche 2 août 2015

VACANCES       semaine 3
Nous profitons des vacances pour vous proposer une sélection de vidéos, déjà publiées ou pas.
Un clip sur une musique de Peter James, et avec la voix de LSK (Demian Clav).

HOLIDAYS   week 3
We use this period to propose some videos we already published, or not.
A clip with a music of
Peter James, with the voice of LSK (Demian Clav).

Un trajet