SEMAINE # 9 /CH
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Place Pinel |
Décidé,
mon fils, six ans et demi, n’a pas souhaité m’accompagner au vernissage. Il a
prétexté qu’il connaissait déjà toutes mes photographies. J’ai eu beau
argumenter et surtout certifier que, cette fois, il ne s’agissait pas de mes
images, il n’a pas voulu en démordre. Même la perspective de se gaver de
biscuits salés et de pistaches grillées en buvant quelque boisson gazéifiée ne
l’a pas séduit et il est resté ferme sur sa position. C’est donc seul que je me
suis rendu sur les lieux.
Il aurait fallu que je précise qu’il n’y aurait ni
galerie, ni musée, pas même d’œuvres accrochées sur des murs, juste une
tentative de partage dans un lieu imprécis et ouvert. Il aurait fallu, surtout,
que je me montre plus persuasif, que j’énumère toutes les possibilités qui nous
attendaient, tous les chemins détournés que nous pourrions prendre avant
d’arriver à destination, tous les tunnels où il nous faudrait avancer à tâtons
dans une humidité étouffante, cramponnés à des murs suintants, tous les ruisseaux
qu’il nous faudrait traverser, certains à l’eau limpide d’autres, charriant
toutes sortes de terres leur conférant les couleurs les plus magiques, toutes
les rencontres inédites auxquelles nous pourrions être confrontés :
aventuriers n’affrontant aucun péril autre que celui de la folie qui guette à
se prendre trop au sérieux, artistes en jachère, pèlerins d’un autre monde avec
lesquels nous aurions des échanges palpitants et uniques, que j’évoque aussi
toutes les musiques inaudibles que nous pourrions deviner à travers les murs ou
même, qui sait, entendre aux abords d’un kiosque à musique, tous les trésors
cachés que nous pourrions découvrir comme si de toute éternité ils n’avaient
attendu que nous, ou mieux, comme si personne jusqu’alors n’avait osé penser
qu’il s’agissait de trésors. Mais il est encore trop jeune pour que je lui
décrive ce parcours chaotique sans risquer de l’effrayer un peu et s’il aime
les jeux de piste et la quête de trésors, ceux qu’ils risquaient de trouver, ce
soir-là, avec moi, ne lui seraient pas apparus comme tels mais comme de
nouvelles preuves de la distance qui le sépare encore de l’âge adulte et de ses
préoccupations. Je me suis donc abstenu et il dormait déjà, entouré de ses
animaux en peluche protecteurs et complices, lorsque je suis rentré, après la
tombée de la nuit, à la maison.
TEMPLES / Deleyaman
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